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TEMOIGNAGE DE JEAN-JEAN.

 

Mon éducation a été celle de la performance, d’avoir plus tard un beau métier et une belle situation, donc jamais de laisser-aller ni de grasse matinée, encore moins de sieste, mais bouger, être toujours actif.

Logiquement après les humanités, j’ai été à l’université pour faire du « haut de gamme » comme voulu par mes parents.

Ma vie alors, c’est la pression des horaires,du blocus, des examens, …mais aussi le goût de la fête permanente, des guindailles à n’en plus finir. Oh, je tiens très bien la bière qui coule à flot, je peux donc boire jusqu’à plus soif et je suis capable de me lever le lendemain et d’étudier comme si de rien n’était et même de faire un petit jogging matinal.

Je suis un buveur festif et excessif.

 

Plus tard, dans ma vie professionnelle, dans un milieu où l’on boit traditionnellement beaucoup et sans vergogne, la bière et le vin m’aident à tenir le coup, à me lâcher du stress de la journée, et moi qui suis d’un naturel effacé et timide je me libère sous l’influence de ces doux liquides, je suis « cool »face au rythme effréné de la vie, je suis le roi, tout m’appartient.

Je suis passé du stade d’alcoolique social au stade de la chronicité.

 

Après un accident de la route, le jour de mon anniversaire trop bien arrosé avec les copains, je décide de faire une pause : plus une goutte d’alcool ; je tiens 3 semaines et craque. Bah, la vie continue. Je stoppe la bière et le vin rouge, passe au rosé, puis enfin au blanc, car je commence à ressentir de petits ennuis gastriques et intestinaux.

Quelques années plus tard, arrive le temps de la retraite…mal préparée faute de temps et surtout de visée à long terme. Je soigne mon ennui, ma nostalgie, ma dépression larvée en buvant de plus en plus, du matin à tard le soir .Je courre à ma perte, je le sais mais je m’en fous.

Je suis alcoolique et en suis malade.

 

Une conjonction d’évènements accélère la dégradation de ma situation qui passe de triste au tragique : lors d’une fête, je m’écroule mort saoul devant l’entièreté de ma famille réunie, on m’interdit de véhiculer mes petits-enfants et j’écrase néanmoins ma voiture contre une autre ; je me déteste, je suis déshonoré.

Présenté à la justice et mis à l’épreuve 3 ans par le juge, je me suis engagé à entamer un traitement médical de sevrage et à fréquenter assidûment un groupe AA. Ce n’est pas facile, je suis déboussolé, désorienté, j’ai oublié mes codes d’accès, je ne suis plus rien. Je passe la porte du local de réunion, moment difficile.

Puis le travail par étapes, l’assiduité à ces réunions des AA, les différents thèmes abordés favorisent le relèvement, les problèmes se résolvent un à un, la famille récupère la brebis galeuse, les amis reviennent, les jours toujours meilleurs se succèdent. C’est le cadeau offert par l’abstinence, renforcée de semaine en semaine par mon groupe AA qui a tenu sa promesse de me faire recouvrer une santé physique, mentale et psychologique, les occasions de replonger sont quotidiennes mais je tiens bon depuis quelques 24 heures. Merci les AA !

Je suis abstinent.

Témoignage de Jean-Jean
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Groupe AA Sainte Elisabeth Namur