<

Je pense que comme Obelix, je suis tombé dedans quand j’étais petit, le problème, c’est que l’alcool n’est pas une potion magique mais bien un poison mortel quand on perd le contrôle de sa consommation.

Je ne cherche pas le pourquoi de ma maladie, mais constate simplement que si je fais un travelling arrière sur ma vie, mon premier verre, je l’ai bu à 5 ans… Une grand-mère m’a fait gouter de la bière, pour casser l’amertume, 1 sucre ou deux et là un sentiment de bien-être s’empare de moi. Tous les soucis d’un gosse de 5 ans s’envolent (parce qu’a 5 ans j’en avais, parents quasi inexistants), je me sens planer, insensible à tout ce qui m’entoure.

A 7 ans, rebelote, lors du mariage d’un cousin, je me tape tous les fonds de verres, tout le monde rit autour de moi, quoi de plus marrant que de voir un gosse de 7 ans bourré…

Voilà, pour moi le processus est engagé, alcool sans tabou, peu de restrictions dans la famille, je commence à boire le whisky du père en cachette, juste un petit capuchon, qu’on ne voie pas trop la baisse de niveau…

Ensuite vient la communion solennelle, t’es un grand maintenant, tu peux boire du vin…

Viennent alors les études à l’école hôtelière, là, l’alcool coule à flot, je trouve donc que pour mon métier il est normal de déguster, de goûter les bonnes choses et là toujours très peu de tabou et cela continue jusque l’âge de 41 ans, faites le compte…

Consommation illimitée pendant au moins 25 ans puis un beau jour, le premier geste de la journée est de prendre une bière dans le frigo en se demandant pourquoi… Mais on la boit quand même …, j’en suis arrivé je pense au point de non-retour, juste une chose ne semble plus compter pour moi « MA CONSOMMATION »… Aurais-je assez pour ma journée, il y aura-t-il de l’alcool là où je me rends, je sais que si il n’y en a pas, je vais me sentir très mal…

Les problèmes de santé commencent à se faire sentir (dépression, crises de foie…), mon épouse n’en peut plus, elle appelle le médecin, je retéléphone au médecin que cela ne sert à rien qu’il vienne, que je suis en pleine forme, cris larmes, envie de m’enfuir, de m’exploser contre un arbre avec la voiture…, on réussit à me piquer les clés, le médecin arrive.

Chance pour moi, le médecin a un ami alcoolique qui fréquente les AA, il m’explique que c’est une maladie, ce que je risque si je continue…, non seulement me foutre en l’air mais aussi tout mon entourage, mon boulot, tout quoi…

4 jours de réflexion et là l’envie d’en sortir : cure d’une semaine à Sainte-Elisabeth.

Avant de prendre la route pour la clinique, vite vider la bouteille de rouge, je pense que je vais être à sec. Batterie d’examens le mardi et, le mardi vers 18h30, Henri, un illustre inconnu franchi la porte de ma chambre, me disant qu’un groupe AA existe et que je peux obtenir de l’aide.

J’accepte, mieux sans doute que de s’ennuyer dans une chambre d’hôpital.

19H20, le moment de me rendre à la réunion, une porte à franchir et là, découverte d'un groupe chaleureux, prenant le temps de m’expliquer la maladie.

Ma décision est prise, j’arrête, en fait, si je suis à la clinique, c’est pour me soigner.

21h15 retour dans ma chambre et visite du médecin qui avait attendu que la réunion se termine, une question qu’avez-vous décidé Monsieur ? « J’arrête tout docteur », celui-ci me répond « sage décision, vous n’en avez plus que pour trois mois à vivre ».

Juillet 2011, je suis en pleine forme, sans alcool, j’ai pleins d’amis (j’en avais plus) de vrais amis qui prennent le temps de m’écouter et qui me donnent des suggestions, je suis libre, libéré de l’alcool et libre tout court.

A ceux qui ont pris le temps de me lire, si comme moi, l’alcool vous fait souffrir, n’hésitez plus une seconde, venez nous rejoindre.

Ce témoignage est ce que j’ai sur le cœur, il est spontané, pas envie de relire, sinon je ne risque pas de le mettre en ligne.

Je vous demande de la gratitude si j’ai oublié des fautes

L. alcoolique abstinent et heureux de l’être

L. alcoolique abstinent
© 2020